Quelle que soit la taille ou la maturité d’un projet tech, le contrôle qualité peut être un processus invisibilisé, voire constamment remis en question. Cet âpre constat ressort des échanges auxquels j’ai pu participer le 8 juin dernier, lors de la journée des tutoriels.
Organisé à Montrouge par le CFTL la veille de la Journée Française du Test Logiciel, cet évènement propose aux professionnels du test de tous horizons de s’inscrire à divers ateliers autour de la qualité logicielle. Un rendez-vous studieux, mais surtout riche en partage de connaissances et d’expériences !
C’est ainsi que j’ai pu assister au tutoriel « Comment assurer la qualité dans un contexte d’Agile à l’échelle dans diverses organisations », animé par Lionel Brat et Jean-Marc Pirès. Leurs retours d’expérience respectifs au sein d'Axa et de BNP Paribas Cardif ont été précieux pour comprendre la logique de l’organisation QA (Quality Assurance) dans des structures à plusieurs tribus.
Suite à cette présentation, de nombreux échanges ont eu lieu entre les participants sur la place des équipes de test dans nos organisations respectives. La conclusion est nette : malgré la diversité de nos projets et de nos frameworks, nous devons toutes et tous répondre aux mêmes problématiques au quotidien, dont cette fameuse question de la légitimation du test.
Alors, comment valoriser le travail d’une équipe QA, surtout quand elle n’est pas en pleine campagne de test ? Découvrez l’essentiel des solutions abordées entre participants et intervenants pour intégrer efficacement la qualité au cœur de la méthodologie Agile.
5 leviers pour valoriser la QA en Agile
Pour transformer la perception de la qualité logicielle dans votre entreprise, appliquez ces bonnes pratiques :
- Tester tôt (Shift Left) : Intégrer la QA dès le cadrage pour réduire le coût des anomalies.
- Définir des KPI QA clairs : Quantifier la valeur du test (couverture de code, bugs évités).
- Pratiquer le Pair Testing : Collaborer en binôme (Développeur + Testeur).
- Partager la Definition of Done (DoD) : Aligner toute l'équipe sur les critères de qualité.
- Soutenir la formation continue : Encourager la veille et les certifications (ISTQB).
Changer la communication QA : le test comme vecteur de confiance
Rassurez-vous : le rôle de l'ingénieur QA n'est ni de remettre en cause le travail de développement réalisé, ni de ralentir le projet par excès de zèle. Son objectif est simple : s’assurer que le produit livré soit protégé des risques (avis négatifs des utilisateurs, problèmes légaux, failles de sécurité, atteinte à l’image de la marque…).
La QA est le garant d’une confiance forte au sein de l’équipe produit. Pour que ce message soit compris par les Product Owners (PO) et les développeurs, il faut décoller l’étiquette de « relais de mauvaise nouvelle » trop souvent attribuée aux testeurs.
Adopter la stratégie du "Tester Tôt" (Shift Left Testing)
L’une des pistes majeures évoquées lors de l’atelier consiste à adopter une communication réactive et anticipée. En effet, plus vite la qualité logicielle sera abordée dans le cycle de vie du projet, moins les anomalies potentielles seront coûteuses à endiguer. Ce principe du « tester tôt » a l’avantage supplémentaire de faciliter l’entraide entre les équipes de test, de développement et le management produit.
Des compétences comportementales (soft skills) comme l’empathie, l’astuce et la capacité de se mettre à la place de l’utilisateur final sont des valeurs fondamentales. Le métier de testeur est avant tout humain ; sous la bonne lumière, il devient facilement compréhensible pour un œil extérieur.
Piloter par les KPI de test
La présentation de indicateurs clés de performance (KPI de test) bien ciblés permet également de quantifier le travail réalisé par une équipe QA ainsi que d’identifier des axes d’amélioration communs. Car après tout, l'équipe de développement et l'équipe QA travaillent pour le même objectif : livrer une application qui fonctionne parfaitement !
Briser le silo de la QA : pour une approche collaborative du test logiciel
C’est une maxime bien connue dans le monde de la tech : « La qualité est l’affaire de tous ». Pourtant, lors de l’atelier, sa simple évocation a fait rire jaune… Il est vrai que dans la pratique, une équipe QA assume très souvent seule la charge de la qualité. Flux tendus, manque de budget ou tout simplement méconnaissance du métier font de ce principe un idéal difficile à atteindre, et les grands projets à l'échelle ne sont pas à l’abri !
Mais ce n’est pas une fatalité. Plusieurs initiatives agiles peuvent être mises en place pour décloisonner le test :
- Cartographier les risques du projet : Identifier ensemble les fonctionnalités critiques à tester en priorité.
- Expérimenter le Pair Testing : Collaborer en binôme où un testeur QA et un développeur testent une fonctionnalité ensemble pour partager leurs visions.
- Faciliter l’onboarding : Organiser des sessions « vis ma vie », rédiger une documentation de test exhaustive et intégrer la QA dans tous les rituels Agiles (Sprint Planning, Daily, Retrospective).
- Clarifier la « Definition of Done » (DoD) : Valider ensemble les critères de qualité indispensables avant chaque mise en production.
- Ouvrir les processus de test : Impliquer les PM, PO et développeurs afin que chacun puisse participer selon ses compétences (tests fonctionnels, tests unitaires, automatisation).
Que votre équipe intègre un testeur dédié ou non, il existe de nombreuses façons d'insuffler une culture QA forte dans vos organisations. On attend généralement d'un professionnel du test une certaine autonomie, mais c’est en travaillant de concert avec le reste de l’équipe Scrum qu’il sera le plus efficace.
Investir dans la formation continue et les certifications QA
Tester ne se limite pas à l'écriture de cas de test et à l’exécution de campagnes. Les équipes QA doivent anticiper, coordonner, mais aussi continuer à se former. Tout comme le développement web ou mobile, le test logiciel est une discipline technique qui évolue constamment. Elle possède ses propres certifications de référence (ISTQB, CSQE…) et ses grands temps forts (A4Q Testing Summit, JFTL…).
Rappelons que peu de formations initiales consacrées exclusivement au test logiciel sont accessibles en France, ce qui rend la veille métier d’autant plus cruciale, même lorsque le rythme des sprints ne faiblit pas.
En donnant les ressources nécessaires aux équipes QA pour monter en compétences (formation à l'automatisation des tests, outils de tests d'API, etc.), toute l’entreprise y gagne. L’expertise en test va croître, réduisant la dette technique et générant des effets bénéfiques immédiats sur le ROI du projet.
Conclusion : Donnez la parole à vos testeurs QA
Sensibiliser les équipes et formuler les besoins de test est une question qui a autant de réponses qu’il y a de projets tech. Ce tutoriel a cependant abouti à des pistes de réflexion pertinentes, que vous soyez une start-up à Paris, une PME à Lyon ou une grande structure en remote partout en France. Une chose demeure certaine : l'ingénieur QA a aussi des besoins et mérite qu’on lui donne la parole pour garantir le succès de vos produits numériques !
